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Quelle définition en terminologie?


Ahmed Azour
 
L'objectif de cet article est de faire le point sur la définition terminologique. Nous allons notamment essayer de proposer quelques critères pour l'élaboration d'une définition terminologique idéale. Certes, aucune définition ne peut échapper à la relativité, mais à notre avis, une définition bien faite doit respecter certaines normes pour qu'elle soit utile et utilisée dans toutes les communications, notamment dans la communication spécialisée.

Avant d'aborder cette question avec plus de profondeur et de détails, il serait utile de faire le point sur la terminologie.

La terminologie est une science étudiant la structure, la formation, le développement, l'usage et la gestion des terminologies dans différents domaines (NF ISO 1087-1).

La terminologie diffère de la lexicologie, elle ne s'occupe pas de la langue générale, mais elle s'occupe de différents domaines spécialisés. On peut en déduire que la terminologie s'intéresse exclusivement à la langue de spécialité, qui regroupe des textes parlés et écrits. C'est ce que les spécialistes disent et écrivent, entendent pour réaliser la communication de spécialité : entretiens, discours, conférences, débats, réunions; lettres, procès verbaux, documents de travail, publications scientifiques et techniques diverses (Kocourek, 1982, p. 21).

Toujours d'après Kocourek, la terminologie "vise l'idéal de l'intellectualisation, c'est-à-dire la précision, la neutralité émotive; elle a tendance à définir ses concepts, à contrôler la polysémie et l'homonymie, à supprimer les synonymes, à neutraliser l'affectivité, la subjectivité" (ibidem, p. 31).

On ne peut parler de la terminologie sans parler des dictionnaires spécialisés qui traitent de domaines variés. Ainsi, dans les vastes territoires conquis par l'Islam, la coexistence de termes grecs, syriaques, arabes, indiens, perses, berbères et espagnols pour désigner une même chose oblige les auteurs des pays arabes à élaborer de nombreux dictionnaires spécialisés. On peut citer Le grand collectionneur de Rhazès (865-925) qui répertorie les noms des organes et des maladies en grec, syriaque, perse, indien et arabe, et le livre de l'Explication des noms de drogues de Maimonide (1139.1204), un glossaire de 405 noms de plantes en arabe, grec, syriaque, perse, berbère et andalou (Van Hoof, 1988, p. 27).

Après la renaissance, on a commencé à découvrir les premiers glossaires spécialisés dans la civilisation occidentale. Ainsi, en France, Henri Estienne publie un Dictionnaire de Médecine grec-latin (1564) (ibidem, p. 28).

Le XVIIIe siècle marque les débuts de la révolution industrielle qui a entraîné l'émergence de nombreuses sciences et techniques. On peut citer l'utilisation de la vapeur et de l'électricité comme sources d'énergie. L'arrivée de nouvelles applications industrielles a accéléré les recherches terminologiques dans de nombreux pays.

En France, un Dictionnaire de l'Architecture de C.Roland de Virloyer a vu le jour en 1770 (ibidem, p. 29).

Le XIXe siècle a connu un développement remarquable des sciences et techniques. Il en a résulté une terminologie abondante dans différents domaines. Mais ce qui est remarquable à cette époque est de voir pulluler des terminologies dans de nombreuses langues, ce qui donne beaucoup plus de valeur à cette science de domaines spécialisés, en l'occurrence "la terminologie". Notamment, l’on a constaté l'apparition de la normalisation des produits aux fins de rationalisation de la production et des échanges. Parmi les organismes de normalisation de cette époque, on retrouve la commission électrotechnique internationale (1904).

Les années qui précèdent la guerre de 1914-1918 ont consolidé la création terminologique, notamment en classant les termes par domaines. Parmi les ouvrages réalisés à cette époque, on retrouve des dictionnaires spécialisés sur les éléments de machines et outils usuels pour le travail du bois et des métaux (1906); machines à vapeur et turbines (1903); chemins de fer (construction et exploitation) (1909); chemins de fer (matériel roulant) (1909), (ibidem et passim, p. 30).

Ce développement technologique a engendré un gisement terminologique très riche. Force est de constater la création des services de traduction et de terminologie dans les différentes organisations internationales comme l'ONU, la FAO, l'UNESCO qui s'occupent de la mise en place des bases terminologiques pour les traducteurs.

En France, le travail terminologique a connu un développement considérable après l'anglicisation intensive de la terminologie dans tous les domaines, ce qui a poussé les spécialistes et les autorités compétentes à mettre en place des commissions terminologiques spécialisés.

Les enjeux de la terminologie sont multiples : description des processus, gestion de l'information, maîtrise de la documentation, de la rédaction et de la traduction, adaptation des produits aux marchés ("localisation"). Enjeux scientifiques : implication des langues dans l'information spécialisée, dans la construction des savoirs, dans l'ingénierie de la connaissance. Enjeux culturels et politiques : préservation des langues et revendications identitaires (L. Depecker, 2005, p. 3).

En définitive, la terminologie reste l'élément de communication le plus fiable pour la communication spécialisée.

1- Et les mots?

Effectivement, les mots sont la racine de la langue, mais suffit-il de parler de mots pour comprendre le vouloir dire d'un concept?

Pour essayer de répondre à cette question, cherchons du côté du signifié/concept.

Souvent, il y a un amalgame entre le signifié et le concept, mais nous pouvons dire que le concept n'est pas le signifié.

Afin d'illustrer et de consolider nos dires, nous allons nous intéresser à Saussure (Écrits de linguistique générale), qui est un ouvrage regroupant les manuscrits du grand linguiste. Contrairement au Cours de linguistique générale (CLG), le contenu des manuscrits publiés en 2002 est pour nous la source la plus fiable, notamment pour notre sujet, qui traite du concept.

Saussure parle implicitement du concept et du signifié en employant le terme "valeur". Il considère que "valeur" exprime que tout autre mot exprime "l'essence du fait" qui est aussi l'essence de la langue, à savoir "qu'une forme ne signifie pas mais [qu'] elle vaut". (Saussure Ferdinand de, Écrits de linguistique générale, Bibliothèque de philosophie, Éditions Gallimard, Paris, 2002, p. 28).

Beaucoup de termes sont motivés au sens Saussurien, ce qui explique la relativité de l'arbitraire du signe. Pour lui, le mot motivé "évoque les termes dont il se compose et d'autres qui lui sont associés".

Saussure indique que "le signe linguistique unit non une chose et un nom, mais un concept et une image acoustique" (CLG, p. 98).

Il faut noter que la définition terminologique n'est pas seulement le sens, mais c'est un vouloir dire. Ainsi Jean Delisle considère que le sens n'est pas présent à priori dans les signes linguistiques (L'analyse du discours comme méthode de traduction, 1980)

Selon Loïc Depecker, le signe linguistique pour Saussure est "une entité psychique à deux faces" constituée par "la combinaison du concept et de l'image acoustique" (L. Depecker, 2002, p. 29). Il affirme notamment, que la face sonore du signe est assimilée au signifiant, le concept étant pour Saussure réduit au signifié (ibidem).

Il faut noter l'importance de la pensée dans la définition. Ainsi Depecker considère que les langues, en découpant les concepts, en les regroupant ou dégroupant, ne font plus souvent que donner forme à des concepts existant dans la pensée (ibidem et passim). Nous pouvons en déduire que la définition est un produit de l'interprétation de la pensée, quelque soit la langue utilisée, la communication avance et se consolide avec le vouloir dire des mots ou des termes, mais pas seulement avec la ou les significations des mots.

Pour nous, ne parler que du sens, c'est rester dans la langue. Donc on peut dire que la meilleure façon de comprendre une langue voire une communication spécialisée est de parler plutôt des désignations et des choses, afin d'avoir plus de liberté et d'ouverture dans la construction de la terminologie, qui ne concerne pas seulement les noms, mais également les verbes, les adjectifs, etc. Nous voulons dire par là que la terminologie ne se limite pas aux noms des choses concrètes mais c'est une science qui s'intéresse à divers aspects de la langue.

Concernant les systèmes dénominatifs, l'étude des champs lexicaux et de leur structuration relève de la lexicologie et de la sémantique lexicale. La terminologie, pour sa part, s'occupe d'ensembles structurés de noms, dénotant des ensembles d'objets (les référents individuels, les particuliers de la logique) groupés en classes par des critères qu'expriment leurs définitions (A. Rey, 1979, p. 24).

La pensée est un élément très important pour la définition terminologique, c'est pour cette raison que le sens en lexicologie se résume à la langue. En revanche le concept ne se résume pas au signifié.

Il faut noter l'importance du concept dans l'élaboration de toute définition terminologique. D'ailleurs, le concept ne peut pas se confondre davantage avec un signifié interlinguistique, à la fois parce que plusieurs signes linguistiques peuvent être synonymes (ou équivalents de langue à langue) et parce qu'un concept peut être propre à un groupe social ou universel, et également lexicalisé ou non dans une langue (P. Lerat, 1989).

Afin de mieux expliquer ce point, nous allons nous appuyer sur l'analyse du champ terminologique proposée par Depecker (2002, p. 30).

Pour lui, l'examen d'un champ terminologique dans deux langues laisse entrevoir cette distinction possible entre le concept et le signifié. Il faut rappeler que le champ terminologique est un ensemble de termes dont les concepts sont en étroite relation. Par exemple : le champ terminologique de la veille sur un navire, on constate que l'anglais emploie watch pour désigner plusieurs concepts, watch ayant sens de "veiller, surveiller, regarder". Dans cette langue, watch désigne aussi une montre. Le signifié de watch, c'est-à-dire l'ensemble sémantique constitutif de cette forme, renvoie concomitamment en anglais à l'idée de veille, de regard, de surveillance, de temps, et correspond à chaque fois à un concept différent ; il y a de plus une extension de l'action à l'objet (watch= "montre") ou de l'action de surveiller aux personnes qui en sont chargées (watch = "équipe de surveillance").

En français, l'organisation des concepts est liée à des désignations distinctes. Nous allons garder le même exemple pour faire le point sur la désignation et le vouloir dire des définitions.

Watch (anglais)

//surveillance//

//temps de surveillance//

//équipe de veille//

Pour mieux comprendre les trois concepts et voir la différence de définition avec l'anglais, notamment l'homonymie, on va se baser sur l'exemple suivant :

- le concept de // surveillance // :

* anglais "watch", peut avoir comme définition : "action de veiller de façon vigilante par le regard" ;

* français : "veille", qui a le sens de " veiller" (être éveillé), et indirectement d'"être vigilant" ;

  • le concept de // temps de surveillance // :

*anglais "watch" : qui peut avoir le sens de "résultat de l'action de veiller de façon vigilante par le regard" ;

* français "quart", temps de surveillance équivalent au quart d'une durée (deux à quatre heurs dans la marine nationale française, cette durée pouvant varier), par opposition, essentiellement, à d'autres divisions du temps ;

  • le concept d' //équipe de veille//

* anglais "watch" : qui peut s'expliquer en "équipe effectuant cette action de veille vigilante" ;

* français "bordée" : partie de l'équipage de service à bord.

Il apparaît qu’il est possible de décrire la structure conceptuelle de ce champ terminologique, et de reconstituer son organisation linguistique (ibidem, p. 31).

Selon Depecker, ce sont les concepts de // veille //, de // temps de veille //, et d' //équipe de veille //, autour desquels les deux langues s'organisent dans cet exemple selon une structure morphologique et sémantique différente. L'anglais homonymise (rassemble en une même forme, comme le fait aussi l'Allemand Wache) et métonymise ce que d'autres langues, comme le français, laissent distinct sur le plan morphologique.

Ainsi, le champ conceptuel est structuré sur le plan linguistique en anglais sous la figure de la veille et du regard (watch), alors qu'en français la figure correspondante n'est explicitée sur le plan linguistique, sous la forme du terme "veille", que pour l'un des concepts (celui de // surveillance //). On peut donc en déduire que les deux langues désignent les mêmes concepts, les signes linguistiques mis en œuvre les mettant en forme et les donnant à voir différemment dans des signifiés particuliers. Cela veut dire que si le concept se résumait au signifié, les signifiés des deux langues seraient identiques.

2- D'ailleurs l'objet n'est pas le référent

Afin d'aller un peu plus loin dans notre analyse, on va rappeler la définition de l'"objet".

L'objet est "tout ce qui peut être perçu ou conçu" (Iso, 704). Ainsi, les objets peuvent être matériels (par exemple un moteur, une feuille de papier, un diamant), immatériels (par exemple un rapport de conversion, un plan de projet) ou imaginaire (par exemple une licorne).

Sens, contenu, signifié, dénotation, connotation, intension, référence sont autant de termes qui, dans la tradition philosophique, linguistique, sémiotique, ont été considérés, d'une façon ou d'une autre, comme équivalents à /signifié/ (U. Eco, 1988, p. 63).

La question du référent reste ambiguë. Pour Strawson, la référence représente un type d'usage que l'on peut faire des expressions (in, Eco, 1988).

En terminologie, les objets ont des propriétés, on parle de la couleur, la structure moléculaire, la forme, etc.

Afin d'identifier un objet, on doit lui attribuer des caractères pour décrire le concept.

On peut par exemple caractériser un virus : en relever les propriétés.

Les caractères sont désignés grâce à des représentations symboliques (Depecker, 2005, p. 7). On peut citer les dessins, les images, les signes linguistiques, les formules, les équations, etc.).

On parle en terminologie d'objet pour toute entité décrite (objet, produit, processus, etc.). Mais le référent n'est pas l'objet (ibidem). On peut toucher, percevoir, observer un objet, non un référent. Le référent est de l'ordre du symbolique, du signe, il ouvre sur l'imaginaire et suscite des représentations.

Depecker reconnaît bien sûr que la terminologie doit intégrer le référent dans son analyse, notamment pour des raisons de connotations indésirables (centrale atomique n'est pas centrale nucléaire). Mais elle ne saurait confondre le référent, représentation induite par un signe, avec l'objet dans le monde, sauf à confondre les objets eux-mêmes en se laissant conduire par les langues (ibidem, p. 8).

Prenant l'exemple de l'arme nucléaire et de l'arme atomique, on doit toujours faire appel à des experts du domaine pour faire une distinction. Certes, à première vue, on comprend approximativement les deux sens, mais le sens objectif ne peut se faire que grâce à une définition bien précise, donc l'identification des caractères.

  • Arme atomique ►arme utilisant les réactions de fission du plutonium ou de l'uranium (Larousse, 2001).
  • Arme nucléaire ► arme qui utilise l'énergie nucléaire (ibidem).

Afin de faire la distinction entre les deux concepts, on doit rappeler les caractères distincts des deux définitions.

Il faut rappeler que les armes nucléaires comprennent les armes atomiques, ou de fission, et les armes thermonucléaires, ou de fusion.

Nous comprenons à travers ce schéma, que l'arme atomique est un type d'arme nucléaire. Donc on peut dire que le concept d'arme nucléaire englobe celui de l'arme atomique. A travers cet exemple, on comprend l'importance de la définition terminologique, notamment en traduction et en interprétation.

3- Et maintenant la définition terminologique

En logique, la définition a pour but de déterminer l'extension d'un concept ; en logique formelle, c'est tout simplement l'ensemble des termes (connus) dont la combinaison détermine le concept (A. Rey, 1977, p. 98).

Selon les normes ISO 1087, la définition est une représentation d'un concept par un énoncé descriptif permettant de différencier des concepts associés.

Pour Depecker, une définition est un microsystème composé de caractères du concept décrit (2002, p. 140).

Par exemple : Figuier ► "arbre à figues". Arbre, à ("qui a", ou "qui donne"), figues représentes de façon minimale des caractères du figuier.

En pratique, la définition permet de décrire et de circonscrire le concept traité. Elle a, en terminologie, vocation à être interlinguistique (ibidem).

Nous avons deux types de définitions terminologiques :

- la définition par compréhension (définition par intension) ►"définition qui décrit la compréhension d'un concept, en indiquant le concept superordonné ainsi que les caractères distinctifs.

Par exemple : exporter ► "vendre dans un pays étranger des biens et des services, matériels et intellectuels".

  • la définition par extension "définition qui décrit un concept en énumérant tous les concepts subordonnée correspondant à un critère de subdivision".

Par exemple : année► "période de douze mois constituée par janvier, février, mars, avril, mai, juin, juillet, août, septembre, octobre, novembre, décembre". Il noter que la définition en intention est la plus utilisée en terminologie.

Afin de mieux comprendre la définition, il faut faire le point sur la désignation.

En effet, la définition et la désignation sont liées d'une manière logique. La désignation constitue le thème (ce dont parle) et la définition le prédicat (ce que l'on dit à ce sujet).

Dans notre précédent exemple, figuier :"arbre à figues", figuier forme le "thème" et "arbre à figues" est le prédicat.

Il faut noter que la désignation et la définition sont souvent reliées par une relation, souvent une copule de type "être". (Depecker, 2002).

Par ailleurs, la définition terminologique est composée d'un définisseur initial et de définisseurs complémentaires.

Dans notre exemple : arbre► définisseur initial.

figues ► définisseur complémentaire.

Avant de faire le point sur les relations conceptuelles et le domaine en terminologie, nous allons nous arrêter sur la synonymie.

Il faut rappeler que la synonymie est un phénomène de langue. Elle ne doit pas être confondue avec les relations qui existent entre les concepts. Il faut toujours la prendre en compte pour l'élaboration des définitions logiques dans des domaines bien précis. Certes, nous préférons parler de quasi-synonymie en terminologie, car dans la pratique terminologique, notamment dans les domaines très sensibles, on ne peut parler de synonyme parfait.

Par exemple : les termes "filtration" et "épuration" dans le domaine de l'eau nous semblent comme synonymes. On va essayer de faire une petite analyse pour voir si c'est le cas.

  • "épuration" ► "enlèvement des matières nuisibles des eaux usées par des méthodes naturelles ou artificielles".
  • "filtration" ► "opération par laquelle on fait passer un liquide à travers un filtre pour enlever les matières solides".
    Epuration Filtration
    - Enlèvement

    - matières nuisibles

    - eaux usées

    - méthodes naturelles ou artificielles

    - Opération par laquelle ont fait passer …

    - matières solides

    - liquides

    - filtre


En faisant la comparaison entre les caractères des deux définitions, on constate que les deux termes ne sont pas synonymes.

Effectivement, l'objectif des deux opérations est d'arriver à avoir une eau propre, en revanche, les deux opérations sont très différentes.

Si on prend juste un caractère de chaque définition : "matières nuisibles" pour la première et "matières solides" pour la deuxième définition. On voit clairement que nuisible ≠ solide → et on ne sait pas vraiment si les matières solides font partie des matières nuisibles pour la première définition. Ceci dit, les définitions terminologiques sont très sensibles aux moindres lacunes. D'ailleurs, c'est pour cette raison que la normalisation joue un rôle très important dans l'élaboration des définitions, avec bien sûr la participation des experts et des terminologues.

Prenant un autre exemple : le vélo et le VTT. On ne peut les considérer comme synonymes, car les propriétés du vélo ne sont pas les mêmes que celles du VTT. Le premier est conçu pour l'utiliser dans des routes qu'on peut appeler normales, et le VTT est un type de vélo, qui peut être utilisé dans des différents terrains.

Ainsi, on peut conclure que les concepts cités en exemple, ne sont pas vraiment des synonymes, car tout simplement ce sont des choses différentes, vu l'importance des experts dans l'élaboration des définitions.

4- Oui, les relations entre les concepts sont l'axe fondamental de la définition

Les concepts n'existent pas en tant qu'unités de pensée isolées, mais sont toujours en relation les uns avec les autres (Iso, 704). " Ces rapports dépendent de la nature des concepts, de leur degré d'abstraction, des objets auxquels ils renvoient" (Depecker, 2002, p. 149).

Le concept est lié à la définition terminologique car c'est grâce à ses caractères que la définition se structure, et, dans un domaine spécialisé, les relations entre les concepts contribuent à une mise en place de définitions terminologiques précises et logiques.

En revanche, la définition ne vise pas à démontrer qu'une chose est "extension" mais ce qu'est une chose "intension" (Aristote, Les Seconds Analytiques, 90b, 30).

Afin de mieux cerner notre objet d'étude, nous allons nous intéresser au domaine en terminologie, et nous allons également consolider notre analyse, en utilisant des arborescences conceptuelles.

  • d'abord le domaine

Le concept est lié au domaine et la détermination de l'appartenance d'un terme à un domaine. Il oriente la définition qui en est faite et son inscription dans le système de concepts du domaine considéré.

Par exemple : Terminal se définit d'une manière différente selon le domaine dans lequel le terme est analysé (transport de marchandises, informatique, télécommunications, etc.).

En terminologie, pour réussir l'étude des relations entre les concepts, il faut faire la distinction entre les différents types de domaines.

    * domaine et secteur d'activité

- Le domaine est le champ conceptuel dans lequel s'inscrit un ensemble des termes.

Par exemple : le domaine de transport international des marchandises.

  • Le secteur d'activité est l'ensemble constitué par les activités d'une pratique, d'une industrie, d'un métier. Par exemple : le transport international des marchandises constitue un ensemble qui renferme plusieurs secteurs d'activité : dédouanement, chargement, emballage.

    * domaine d'origine

- Le domaine d'origine d'un terme est le domaine dans lequel est créé le concept auquel renvoie ce terme. Par exemple : les incoterms sont les principaux termes utilisés dans les contrats de commerce international afin d'éviter des difficultés dans les opérations d'import-export.

* domaine d'appartenance

- le domaine d'appartenance est le domaine dont provient le concept auquel le terme renvoie. Par exemple : le terme marquage, qui est une opération qui appartient au domaine de conditionnement des produits consistant à opposer sur article, directement ou au moyen d'une étiquette, des indications diverses : prix, taille, poids, composition, qualité, provenance, date de péremption, code. Ainsi, chaque produit est reconnaissable par ses caractéristiques.

* domaine d'application

- domaine dans lequel le concept correspondant à ce terme est utilisé. Par exemple : le terme stratégie a été créé pour désigner l'art de coordonner l'action des forces militaires, politiques, économiques impliquées dans la conduite d'une guerre. Depuis le développement du commerce, le terme est utilisé dans la mercatique ; on parle ainsi de stratégie commerciale.

Il faut noter que le domaine d'application renvoie à la notion de secteur d'activité. On distingue les concepts en les opposant ou en les associant les uns aux autres. Les relations entre les concepts mènent à la création des systèmes de concepts, qui sont à leur tour des moyens très efficaces pour l'élaboration des définitions terminologiques.

Pour le système conceptuel, il correspond à l'ontologie des domaines de spécialité. Les rapports hiérarchiques entres concepts sont très importants, car ils permettent de séparer les différents éléments composant un ensemble organisé de termes en ayant recours aux relations (Maryvonne Holzem, 1999, p. 103).

Il faut rappeler que l'élaboration des arborescences en terminologie est un travail très important pour cerner les concepts dans un domaine. Le travail sur les arborescences doit être mené en se basant sur les relations entre les différents concepts du domaine traité.

Il existe au moins deux grands types de relations entre les concepts qui sont utilisées en terminologie : les relations logiques, et les relations ontologiques.

4.1 relations logiques

Les relations logiques sont les rapports d'abstraction entre les concepts. On peut citer les rapports d'identité, de similitude, d'inclusion, etc.

Dans ce genre de relations, les concepts possèdent au moins un caractère en commun.

Par exemple : Le virement SWIFT est un virement au comptant, qui est lui-même un instrument de paiement.

Voir arborescence :

On peut remarquer à travers cette arborescence, que le virement SWIFT est un virement au comptant, qui est lui-même un instrument de paiement. On peut en déduire qu'il y a un enchaînement logique des caractères du concept traité. Ainsi à travers cette arborescence conceptuelle, on peut formuler notre définition terminologique. On peut dire alors que le virement SWIFT est un type de virement au comptant. Le spécialiste du domaine va certainement comprendre le contenu et la définition du concept aisément, en revanche, le non -spécialiste doit d'abord comprendre le vouloir dire du concept virement au comptant, pour comprendre la totalité de la définition.

4.1.1 Relations génériques

On parle d'une relation générique quand l'ensemble des caractères qui composent le concept inclue ceux d'autres concepts qui lui sont subordonnés.

Par exemple : Le concept de //crédit documentaire // inclut le concept de //crédit documentaire révocable//, le concept de //crédit documentaire irrévocable// et le concept de //crédit documentaire irrévocable et confirmé//.

Voir arborescence :

Les relations génériques peuvent se diviser au moins en deux grands types de relations :

4.1.1.1 la relation espèce -genre

Genre et espèce sont des appellations usuelles de cette relation et elles ne préjugent pas du sens de la relation qui est confondu dans cette relation.

Par exemple : le concept //connaissement// est le genre de nombreux types de connaissements. On retrouve notamment, //connaissement combiné//, //connaissement complet//, et //connaissement au porteur//.

Voir arborescence :

4.1.1.2 la relation type-produit

Par exemple : Un Céréalier est un type de vraquier, celui –ci étant lui-même un type de navire spécialisé.

Il existe également des relations spécifiques entre les concepts.

On parle de relation spécifique entre concepts, quand un concept est inclus dans un autre concept et qu'il possède au moins un caractère distinctif supplémentaire (Depecker, 2002, p. 152).

Par exemple : Les concepts //transport aérien de marchandises// et //transport maritime de marchandises// sont inclus dans celui de //transport de marchandises//. Ce dernier comprend lui-même l'un et l'autre, distingués au moins par le caractère distinctif supplémentaire d'//acheminement de marchandises par voie aérienne// et par celui d'// acheminement de marchandises par voie maritime//.

4.1.2 les relations de coordination

Une relation de coordination est une relation entre concepts qui unit des concepts dépendants d'un même concept immédiatement supérieur (ibidem).

Par exemple : les concepts de //risque financier//, //risque politique// et risque économique// sont immédiatement inclus dans le concept de //risques//, liés au paiement d'une transaction internationale, et tous ces concepts sont en relation de coordination entre eux.

L'utilité des relations de coordination est de faciliter la distinction entre les différents concepts qui sont au même niveau, cela facilitera l'élaboration d'une définition terminologique fiable et précise.

4.2 Relations ontologiques

Les relations ontologiques sont définies comme des rapports entre concepts, dont les objets auxquels ils renvoient sont en relation de présence ou de contiguïté. Les relations partitives y font partie.

Par exemple : l'ancre est une partie d'un navire.

5. La définition : entre concepts et arborescences

Quand on élabore des arborescences, on doit se baser sur l'ordination des concepts. On doit, notamment essayer de tisser des liens logiques à l'intérieur de chaque champ conceptuel d'un domaine choisi.

Les systèmes hiérarchiques sont issus des relations de superordination et de subordination.

La question des relations et de classification a été soulevée par Aristote. Il considère notamment, que la meilleure manière de présenter les problèmes à résoudre est de choisir les sections et les divisions (1962, p. 255).

Toujours, selon les dires d'Aristote, la méthode de sélection consiste à poser le genre qui est commun à tous les sujets étudiés. Par exemple, si se sont les animaux, quelles que soient les propriétés qui appartiennent à tout animal, il approfondit son point de vue en valorisant l'importance des classes subordonnées au genre commun (ibidem, p. 226).

Afin de mieux comprendre la relation entre les trois éléments (définition, concept, arborescence), nous allons essayer d'analyser quatre types de relations entre les concepts et types de concepts.

  • concepts superordonnés ;
  • concepts subordonnée ;
  • concepts coordonnés ;
  • concepts associés.








  1. Concepts superordonnés et concepts subordonnés

En terminologie, on utilise beaucoup ces deux types de systèmes de concepts, car en élaborant nos définitions terminologiques, ils nous aident à faire la distinction entre le définisseur initial et les autres définisseurs entrant dans la constitution des définitions.

Par exemple : dans le domaine du transport international de marchandises, on peut donner la définition du concept //transport fluvial de marchandises// ► "acheminement des marchandises par voie fluviale". Nous avons dans cette définition un définisseur initial (acheminement des marchandises), et un définisseur complémentaire (voie fluviale), "par" est la relation qui les lie et sous-entend "par laquelle".

La particularité qu'ont certains concepts de renfermer d'autres concepts, nous aide à élaborer des arborescences logiques, et de distinguer entre le concept superordonné considéré comme supérieur et le concept subordonné qui est inférieur. Cela nous facilitera la tâche pour bien hiérarchiser nos termes.

Par exemple : Incoterms est un concept superordonné par rapport à l'incoterm FOB, l'incoterm CFR, l'incoterm DAF, etc.

b- Concepts génériques

Le concept générique est un concept qui possède, dans une relation générique, la plus petite intension (ou nombre de caractères).

Par ailleurs, il possède une plus grande extension que les concepts qui lui sont subordonnés (on peut l'appliquer à un nombre plus important d'objets).

Par exemple : le concept //virement// possède moins de caractères que //virement SWIFT//, mais il s'applique à tous les types de virements.

  1. Concepts spécifiques

Un concept spécifique est un concept qui possède, dans une relation générique, une plus grande intension (ou plus de caractères).

Par exemple : Le concept de //wagon// possède moins de caractères que le concept de //wagon Kangourou// qui est un concept spécifique.

  1. Concepts coordonnés

Les concepts coordonnés sont des concepts qui ont le même concept immédiatement superordonné. Ils ont en commun une même série de caractères.

Par exemple : fret de retour, fret aérien, fret de sortie, etc.

  1. concepts associés

Ce sont des concepts qui ont des rapports entre eux sans avoir des caractères en commun.

Dans la plupart des cas, l'action de signature d'un contrat de transport des marchandises associe l'armateur et le chargeur à l'action de signature d'un contrat.

Voir arborescence :

6. Conclusion

Comme conclusion, nous pouvons dire que la définition terminologique doit respecter certaines normes.

Dans notre exposé, nous avons privilégié les normes Iso pour l'élaboration de nos arborescences conceptuelles. Certes, les normes proposées pour l'élaboration d'une définition, notamment celles liées aux relations entre les concepts ne sont pas exhaustives. Nous devons ouvrir beaucoup plus le champ terminologique à la société. Ceci signifie que toute définition doit respecter la vie ou les normes sociales d'une société, car une langue spécialisée est un moyen de communication entre les membres de toutes les sociétés du monde.

Par ailleurs, il faut essayer de travailler sur l'adaptation des définitions aux cultures et le mode de vie des différentes populations du monde. Bien sûr, la définition a besoin des linguistes, terminologues, experts du domaine, mais elle a besoin également des sociologues et des ethnologues pour se rapprocher du vouloir dire idéal.

Bibliographie

Aristote, Organon 4, Les seconds analytiques, Tr. Nouvelles et notes par Tricot (J), 1962.

Depecker (Loïc), La terminologie, nature et enjeux, Langages, n° 157, Larousse, mars, 2005.

Delisle (Jean), L'analyse du discours comme méthode de traduction, Éditions de l'université d'Ottawa, Ottawa, Canada, 1980, 285 p.

Depecker (Loïc), "La terminologie est-elle une science?", La terminologie, discipline scientifique, Société française de terminologie, Paris, 2004, pp 13-16.

Depecker (Loïc), Entre signe et concept, Eléments de terminologie générale, Presses de la Sorbonne nouvelle, paris, 2002, 198p.

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Université Sorbonne nouvelle


 

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